C’est l’un des rares dirigeants européens à s’opposer fermement à la guerre contre l’Iran. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez l’a réaffirmé cette semaine : « Cette guerre est pire que celle d’Irak en 2003 et aura des conséquences désastreuses », a-t-il dit devant les députés de son pays. Un ton qui tranche avec les autres dirigeants.
À 54 ans, Pedro Sanchez cultive une image singulière. Silhouette élancée, sourire éclatant qui lui a longtemps valu le surnom de « beau gosse » de la politique espagnole, le chef du gouvernement s’est surtout forgé, ces dernières années, une stature internationale. Sa ligne tient en quelques mots : non à la guerre.
Dès le début de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, Madrid a refusé toute concession. Une constance déjà observée lors de la guerre à Gaza, lorsque Pedro Sanchez avait accusé Israël de « génocide » contre les Palestiniens. Des propos qui lui ont valu les critiques de Washington et de Tel-Aviv, mais aussi un regain de popularité auprès d’une partie de l’opinion publique.
Une posture anti-guerre assumée
Pour l’historien Benoît Pellistrandi, cette position s’inscrit dans une tradition politique : « Les socialistes espagnols sont pacifistes, anti-impérialistes et opposés à l’usage de la guerre ». Elle répond aussi à une mémoire collective encore vive en Espagne, marquée par l’engagement aux côtés des États-Unis en Irak en 2003, suivi des attentats de Madrid en 2004.
Mais au-delà de la conviction, le calcul politique n’est jamais loin, selon Benoît Pellistrandi, « le rejet de la guerre permet à Pedro Sanchez de rassembler à gauche, tout en séduisant un électorat plus large dans un contexte international troublé ».
Si le Premier ministre parvient à fédérer sur la scène internationale, sa situation intérieure est plus fragile. C’est l’un des chefs de gouvernements les plus critiqués.
Un dirigeant contesté sur le plan intérieur
L’opposition de droite l’accuse d’impuissance politique, pointant son incapacité à faire adopter un budget depuis 2023. Sans majorité claire au Parlement, Pedro Sanchez gouverne au prix d’alliances controversées avec des partis indépendantistes catalan et basque.
Sur le front migratoire, sa proposition de régulariser 500 000 sans-papiers tranche avec les politiques plus restrictives adoptées ailleurs en Europe et divise profondément la société espagnole.
A cela s’ajoutent des scandales de corruption qui éclaboussent son entourage. Son ancien bras droit, José Luis Abalos, est impliqué dans une affaire d’ampleur. Son épouse, Begona Gomez, est, elle aussi, visée par des soupçons de détournement de fonds.
Un survivant politique
Malgré les tempêtes, Pedro Sanchez tient bon. « C’est quelqu’un de très résilient », souligne la politologue Maria Alonso, maîtresse de conférences à l’université de Lorraine. Selon elle, le chef du gouvernement parvient régulièrement à surmonter les crises et à regagner du soutien, comme l’ont montré de récents scrutins régionaux, marqués par un regain inattendu du Parti socialiste, grâce sans doute à ses déclarations sur la guerre.
Le parcours de Pedro Sanchez est celui d’un « survivant », poursuit Maria Alonso. Conseiller municipal à Madrid, puis député, cet économiste de formation prend la tête du Parti socialiste en 2014. Évincé deux ans plus tard, il fait un retour spectaculaire en 2017 en remportant à nouveau la direction du parti, avant d’accéder au pouvoir en 2018. Depuis, il se maintient à la tête du gouvernement au gré d’alliances mouvantes.
Pour Benoît Pellistrandi, Pedro Sanchez est avant tout « un pur animal politique », capable d’imposer son leadership et de naviguer sans état d’âme dans les rapports de force. « Celui qu’on a surnommé « el guapete », [le beau gosse, NDLR], est arrivé à la tête du parti socialiste un peu par hasard. Il avait été choisi un peu comme on choisit un casting. Mais on a découvert peu à peu quelqu’un capable de construire son leadership sans affect, en éliminant ses adversaires et même ceux qui l’avaient conduit au pouvoir ».
Une popularité relancée par la scène internationale
Clivant en Espagne, Pedro Sanchez bénéficie en revanche d’une image plus favorable à l’étranger. Et ses prises de position contre la guerre semblent aujourd’hui relancer sa popularité. Un atout non négligeable alors que l’Espagne connaît une progression de l’extrême droite et que des élections régionales sont en cours, un test grandeur nature avant les prochaines législatives prévues en 2027.
Par Murielle Paradon (publié le 27/03/26)