Un nouveau parc éolien dans le Maine-et-Loire, 100 % citoyen et sans opposition

« 35 personnes se sont manifestées pour des nuisances sur leur réception télé depuis la mise en marche. On les a rencontrées une par une, et on leur a fait des propositions concrètes. » Damien Reveau gère, avec des centaines d’autres habitants, un tout nouveau parc éolien dans le Maine-et-Loire : quatre éoliennes de 150 mètres de haut, en fonction depuis septembre sur la commune du Fief-Sauvin, entre Nantes et Angers.

Le site produit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 23 000 personnes – de l’électricité vendue à EDF et injectée dans le réseau. Ce nouveau parc est 100 % participatif : il a été financé exclusivement par des citoyennes et des citoyennes, qui en sont aujourd’hui les seuls propriétaires. Ici, il n’y a ni fonds d’investissement ni même une collectivité territoriale aux manettes. Alors, quand il y a des réclamations, ce sont aussi les citoyens qui gèrent. « Les gens savent où nous trouver », pointe l’habitant, commercial de profession.


« Les industriels, ils font du profit »

Au début du projet, il y avait « un agriculteur qui pensait faire installer des éoliennes sur son terrain parce qu’il voyait qu’il y en avait autour. Il a été voir une entreprise qui développe des parcs et avait un bureau tout près », retrace Damien Reveau, aujourd’hui coprésident de l’association Vents d’Evre et président de la SAS qui gère le parc. Le projet a d’abord été pris en main par l’entreprise, Valorem, en collaboration avec les communes. « La communauté de communes a organisé une première réunion alors que le projet était pratiquement finalisé avec l’industriel. L’idée alors était que Valorem détienne la majorité du capital et que les communes en aient 49 %, en redistribuant 25 % à des citoyens et des entreprises du territoire », poursuit Damien, présent lors de cette première réunion.

S’y trouvaient aussi des habitants des environs impliqués dans d’autres parcs éoliens citoyens du territoire. Car il en existe déjà quatre dans un rayon de moins de 40 kilomètres : la Jacterie, mis en marche en 2016 ; l’Hyrôme, depuis 2020 ; les Grands fresnes et la Grande levée, en fonction depuis 2021, avec chacun entre trois et cinq turbines. « Les gens de ces parcs nous ont dit qu’on pouvait être majoritaires au capital en tant que citoyens, et même prendre la gouvernance du projet », poursuit Damien Reveau.

« Sur d’autres parcs où ce sont des industriels qui en ont la gestion complète, on voit qu’ils n’ont pas du tout de rapport avec les communes autour de chez eux, au contraire. Ils font juste du profit avec le vent », ajoute Gérard Grellier, citoyen administrateur de la SAS du parc du Fief-Sauvin. Lui voulait « être acteur du projet qui est sur [sa] commune ».

Un groupe d’habitants forme alors une association, rallie les propriétaires du foncier sur lequel allaient être installées les éoliennes, et demande à l’entreprise Valorem de leur vendre le parc une fois le permis de construire obtenu. L’association part alors seule, sans même les communes. S’est ensuite posée la question de l’argent.


Plus de 3 millions d’euros récoltés en huit mois

« En huit mois, on a réuni 3,2 millions d’euros, de 448 investisseurs qui habitent soit dans la commune, soit dans les communes alentour, à moins de 15 kilomètres, retrace Damien Reveau. 300 de ces investisseurs voient presque les éoliennes de chez eux. » Le mouvement Énergie partagée est aussi venu en appui avec sa branche « investissement », qui collecte l’épargne citoyenne pour l’investir dans le capital de projets d’énergie renouvelable et d’économie d’énergie.

« Nous avons complété pour atterrir à 5 millions d’euros de fonds propres, ce qui était nécessaire pour pouvoir convaincre une banque de nous suivre, pour financer les 24 millions d’euros que coûtait la production du parc », explique Samuel Faure, responsable d’investissement à Énergie partagée. Aujourd’hui, la SAS des 448 investisseurs-habitants détient 70 % du parc, Énergie partagée 30 %.

« Énergie partagée, ce sont des gens qui ont une grande technicité, la capacité à mener des projets, et la même vision que nous », vante Gérard Grellier. Énergie partagée est déjà engagée dans des dizaines de parcs éoliens citoyens en France, dont les voisins du Maine-et-Loire. « Dans la région, les quatre parcs citoyens déjà existants ont permis de consolider un véritable savoir-faire, constate Samuel Faure. Au Fief-Sauvin aussi, l’ambition était de maîtriser la conception du projet, mais aussi l’exploitation et le devenir. »


Développé en moins de trois ans, sans aucun recours

Le parc du Fief-Sauvin a la particularité de n’avoir fait face à aucun recours d’opposants, alors que les contestations de programmes éoliens devant la justice sont monnaie courante. « C’est un peu atypique », note Gérard. Le parc citoyen de la Grande levée a par exemple fait face à un recours en justice.

« Zéro recours, et un développement très rapide », ajoute Thierry Haas, responsable de l’agence locale de Valorem, qui a suivi le projet avant la revente au collectif. Entre la levée de fonds citoyenne et la mise en marche, il s’est écoulé moins de trois ans. « Des réflexions pour améliorer l’acceptation de l’éolien dans les territoires, on en a plusieurs. Une des voies, ce sont les parcs citoyens et l’actionnariat local, explique-t-il. Mais tous les territoires sont différents, les projets aussi. »

Avoir un interlocuteur direct et facile d’accès peut en tout cas aider. Samuel Faure, d’Énergie partagée, comprend « que les opposants aux projets éoliens critiquent quand les investissements sont portés par des fonds de pension étrangers. Et aussi, quand il faut discuter avec le producteur en cas de contrainte acoustique, visuelle ou autre, et qu’on ne sait pas à qui parler. Là, avec la composante citoyenne, les gens se connaissent. Et, sur le terrain, on est capable de prendre en compte les contraintes. »
Pas de revente possible à des investisseurs

Au Fief-Sauvin, la SAS citoyenne a réalisé des enquêtes de son et des analyses des sols avant l’installation des éoliennes. « Et on a refait un point après la construction. Pour que, si jamais quelqu’un avait à se plaindre, il sache comment c’était avant et comment c’est après. S’il y a des nuisances qui apparaissent, on peut comparer les deux tableaux », explique Damien Reveau.

Déjà, ils ont dû régler les quelques problèmes de réception télé de riverains. « On leur a proposé soit une indemnité pour se raccorder à la fibre, ce qui règlerait le problème, soit de financer l’installation d’une parabole, détaille l’homme. Il peut aussi y avoir des problèmes avec les ombres portées, qui surprennent quelques personnes. Sur ce point, on peut, au besoin, arrêter les éoliennes sur des périodes précises. On trouvera des solutions. »

Le collectif a aussi déjà pensé à prévenir toute revente à des investisseurs extérieurs. « Une part, c’est 1000 euros. Une personne peut en avoir 20 au maximum. Et qu’on ait une part ou 20 parts, on a toujours le droit à une voix », met en avant Damien Reveau. Les citoyens investisseurs peuvent, certes, revendre leur part, mais il faut que ce soit validé par le conseil d’administration de la SAS. « Et c’est borné dans les statuts : un citoyen ne peut revendre qu’à un autre citoyen », pas à un fonds d’investissement, insiste Gérard Grellier.

Maintenant que le parc fonctionne, le collectif qui le gère continue de se retrouver toutes les semaines, et de s’inspirer des parcs citoyens voisins. Au parc de la Jacterie, qui a dix ans, on réfléchit déjà à ce qui se passera à la fin du contrat avec EDF, engagé à acheter l’électricité produite pour 22 ans, mais pas après. « On est ici dans le monde agricole, souligne Damien Reveau. Les gens pensent sur le long terme. »

Par Rachel Knaebel (publié le 16/06/26)

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