Pas de pétrole, mais des panneaux solaires et des médicaments… Face aux menaces de Trump, le Brésil, l’Espagne et le Mexique envoient de l’aide à Cuba

Fini d’agir en coulisses. Samedi 18 avril, le Mexique, le Brésil et l’Espagne ont rendu publique une déclaration commune en solidarité avec Cuba. À l’issue de la première réunion de la Mobilisation globale progressiste, qui s’est tenue à Barcelone les 17 et 18 avril, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, son homologue brésilien, Luis Inacio Lula da Silva, et le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, se sont engagés à fournir une aide conséquente à la Grande Île, tout en appelant au respect de la souveraineté de la nation cubaine. Une aide qui consisterait essentiellement dans l’envoi de panneaux solaires, de kits d’hygiène en ce qui concerne Madrid. Les menaces de Donald Trump contraignent les États dans la politique étrangère qu’ils entendent déployer.

Craignant ainsi les mesures de rétorsion pour la compagnie nationale Petrobras, cotée à la Bourse de New York, Lula a indiqué que le Brésil ne ferait pas non plus parvenir de pétrole ni de produits dérivés à Cuba : « Les Cubains nous ont fait comprendre : Lula ne doit prendre aucune mesure qui nuise au Brésil », a précisé le chef d’État. L’aide devrait essentiellement consister en l’envoi de médicaments et de nourriture. Depuis janvier dernier, et la mise en place du blocus naval autour du Venezuela par les États-Unis, Mexico, également soumis au chantage de Donald Trump, s’abstient également d’expédier du brut vers La Havane malgré ses relations de solidarité historiques avec l’île.


Trump n’est pas « l’empereur du monde », selon Lula

Sans jamais citer ni les États-Unis ni Donald Trump, les trois pays avancent publiquement une coordination plus explicite, pointant leur « profonde inquiétude face à la grave crise humanitaire que traverse la population cubaine ». Les pénuries actuelles de carburant et d’électricité, combinées au blocus illégal édicté par Washington qui court depuis 1962, renforcent la pression sur Cuba.

Et ce d’autant plus que Donald Trump menaçait de nouveau la semaine dernière d’utiliser le recours à la force contre l’île caribéenne une fois la guerre avec l’Iran terminée. « Nous passerons peut-être par Cuba une fois que nous en aurons fini avec ça », prévient le président états-unien. Une telle action serait « contraire au droit international », affirment de leur côté le Mexique, l’Espagne et le Brésil, qui appellent au respect « de l’égalité souveraine et du règlement pacifique des différends » tel qu’énoncé dans la charte des Nations unies.

Lula s’est montré particulièrement virulent à cet égard. Il exhorte le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à convoquer des sessions extraordinaires, même sans l’aval des cinq membres permanents du Conseil de sécurité : « Trump envahit l’Iran et les prix des denrées alimentaires augmentent au Brésil, les prix du maïs (augmentent) au Mexique et les prix du gaz ailleurs. Cela signifie que ce sont les pauvres qui paient le prix de l’irresponsabilité des guerres dont personne ne veut. »

Pointant l’hypocrisie d’un Trump qui renvoie l’étranglement économique de Cuba à une simple question de mauvaise gestion pour justifier une intervention, Lula ajoute : « Pendant qu’on parle de Cuba parce qu’elle est socialiste, à quelques kilomètres de là, à Haïti, les gens meurent de faim, les gangs ont pris le contrôle et personne n’en parle. » Celui que personne n’a élu « empereur du monde », comme le président brésilien le souligne dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, ferait désormais peser, selon lui, le risque d’une troisième guerre mondiale.


Cuba prête à répondre à une agression militaire

Jeudi dernier, lors d’un rassemblement marquant le 65e anniversaire de la déclaration de Fidel Castro sur le caractère socialiste de la révolution cubaine, le président cubain, Miguel Diaz-Canel, a lancé un appel, « comme le 16 avril 1961, à nous tenir prêts à faire face à de graves menaces, y compris une agression militaire. Nous ne le souhaitons pas, mais il est de notre devoir de nous préparer à l’éviter et, si cela devient inévitable, à la vaincre ».
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Le fait que cette déclaration commune ait été signée en Espagne n’a rien d’anodin. Après avoir dénoncé la guerre génocidaire contre Gaza, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez a également imposé un embargo sur les livraisons d’armes à Israël, tenant là l’une des positions les plus audacieuses du continent européen. Dénonçant la guerre désormais livrée à l’Iran, il a interdit aux appareils états-uniens de faire usage des bases espagnoles pour leurs opérations, prouvant, s’il le fallait, que l’Union européenne dispose de marges de manœuvre lorsque la volonté politique existe.


Par Lina Sankari (publié le 19/04/26)

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