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Après 22 ans de lutte, la loi sur la protection des travailleuses domestiques indonésiennes enfin adoptée

Dix millions de travailleuses domestiques obtiennent enfin une protection légale

La Chambre des représentants indonésienne (DPR) a adopté la loi sur la protection des travailleuses domestiques, au terme d’une campagne de 22 ans menée par le Réseau national de plaidoyer pour les travailleuses domestiques (JALA PRT) et par la Coalition civile pour l’adoption de la loi PPRT, qui rassemble près de mille organisations. La nouvelle loi reconnaît les travailleuses domestiques comme une main-d’œuvre formelle, garantit les horaires, les salaires, les congés, la sécurité sociale et la formation professionnelle, et impose des obligations aux employeurs et aux agences de placement. Près de dix millions de travailleuses domestiques, en grande majorité des femmes pauvres, obtiennent pour la première fois une protection statutaire. Les règlements d’application doivent être pris dans l’année. [MJ]

Jakarta, 21 avril 2026 — La Dewan Perwakilan Rakyat Republik Indonesia (DPR RI, Chambre des représentants de la République d’Indonésie) et le gouvernement ont officiellement adopté aujourd’hui le Rancangan Undang-Undang Perlindungan Pekerja Rumah Tangga (RUU PPRT, projet de loi sur la protection des travailleuses domestiques). La Journée Kartini [1], à l’approche de la Fête du travail 2026, devient ainsi un moment historique de reconnaissance pour la lutte longue et éreintante menée pendant 22 ans par les travailleuses domestiques (Pekerja Rumah Tangga, PRT) en faveur de leurs droits [2].

La présidente de la DPR RI, Puan Maharani, a officialisé l’adoption aujourd’hui, conjointement avec le gouvernement, lors de la séance plénière de deuxième niveau de la DPR RI.

« L’ensemble des membres de la DPR approuve-t-il la transformation du RUU PPRT en loi ? À partir d’aujourd’hui, le projet de loi est légalement adopté en tant que loi. »

Le ministre indonésien de la Justice, Supratman Andi Atgas, a déclaré qu’avec cette loi, le gouvernement a désormais l’obligation de protéger et de contrôler les conditions de travail des travailleuses domestiques.

« Elle assure une protection aux travailleuses domestiques, ainsi qu’aux employeurs, en vertu du droit indonésien. Le Président a donné son accord pour que ce projet de loi devienne loi. »

Depuis la veille, 20 avril 2026, le Panitia Kerja (Panja, Comité de travail) de la DPR RI et la Badan Legislasi (Baleg, Commission législative) avaient tenu une séance plénière de travail marathon pour la prise de décision de premier niveau sur l’adoption prévue du RUU PPRT. Cette plénière a réuni 8 factions de la DPR et des représentants du gouvernement, notamment la ou le Menteri Ketenagakerjaan (Menaker, ministre du Travail), la ou le Menteri Negara Pemberdayaan Perempuan dan Perlindungan Anak (ministre d’État à l’Autonomisation des femmes et à la Protection de l’enfance), la ou le Menteri Hukum dan Hak Asasi Manusia (Menkumham, ministre de la Justice et des Droits humains), la ou le Menteri Dalam Negeri (Mendagri, ministre de l’Intérieur) et le Kementerian Sekretariat Negara (Kemensetneg, Ministère du Secrétariat d’État). Elle a été présidée par le vice-président de la DPR RI, Sufmi Dasco Ahmad, et s’est achevée à 21 h 30 WIB (Waktu Indonesia Barat, heure de l’Indonésie occidentale).

Le président du Comité de travail sur le RUU PPRT, Bob Hasan, a ensuite animé l’examen de la Daftar Inventarisasi Masalah (DIM, Liste des questions à traiter) soumise par le gouvernement à la DPR, qui comportait 409 articles DIM.

Le contenu de la loi

La loi PPRT adoptée aujourd’hui comporte 12 chapitres et 37 articles. Parmi ses dispositions figurent : un dispositif de protection des travailleuses domestiques leur garantissant la sécurité juridique ; le recrutement des travailleuses domestiques, qui peut se faire de manière directe ou indirecte ; les personnes qui ne font qu’aider aux tâches ménagères ne sont pas considérées comme travailleuses domestiques au sens de la loi, l’État ne reconnaissant comme telles que les personnes à qui il reconnaît la qualité de travailleuses ; le recrutement peut se faire aussi bien hors ligne qu’en ligne ; les travailleuses domestiques ont droit à une assurance maladie et à une assurance professionnelle ; elles ont droit à la formation, qu’elle soit dispensée par le gouvernement central ou régional ou par les agences de placement, cette formation étant de nature professionnelle ; les entreprises qui emploient des travailleuses domestiques doivent disposer d’une autorisation pour ce faire, conformément à la loi ; les Perusahaan Penempatan Pekerja Rumah Tangga (P3RT, Agences de placement de travailleuses domestiques) ne sont pas autorisées à prélever sur les salaires ; l’organisation et la supervision des travailleuses domestiques relèvent de la responsabilité du gouvernement, en coopération avec les Rukun Tetangga/Rukun Warga (RT/RW, associations de quartier et de résidents), afin de prévenir les violences à leur encontre ; les travailleuses domestiques de moins de 18 ans déjà en activité bénéficient d’exceptions et voient leurs droits en tant que travailleuses domestiques reconnus ; enfin, les règlements d’application doivent être pris dans un délai maximal d’un an à compter de l’entrée en vigueur de la loi.

« L’État doit être présent »

La coordinatrice de JALA PRT, Lita Anggraini, a déclaré qu’au-delà de la reconnaissance, cette loi apporte aussi une protection aux travailleuses domestiques, sur la voie d’une situation humaine digne de ce nom.

« Nous avons toujours cru que cette loi verrait le jour, malgré les difficultés successives que nous avons rencontrées ; mais c’est ce qui nous a rendues fermes et nous a toujours fait lutter pour le changement, pour construire un nouveau cadre protecteur pour les travailleuses domestiques — majoritairement des femmes qui ont longtemps été le pilier de l’économie nationale tout en subissant tant de discriminations et de violences. Nous remercions la direction de la Baleg, la direction du Panja et le gouvernement, qui ont vu la lutte des travailleuses domestiques », a déclaré Lita Anggraini.

Lita Anggraini a ajouté que l’essentiel à présent est la reconnaissance des horaires de travail, du Tunjangan Hari Raya (THR, prime de fête religieuse), des salaires, des congés, du logement et de la nourriture, ainsi que de la sécurité sociale et de l’aide sociale — autant de droits dont les travailleuses domestiques, dont la vie se situe au seuil de pauvreté, étaient jusqu’ici privées [3].

La coordinatrice de la Koalisi Sipil untuk Pengesahan UU PPRT (Coalition civile pour l’adoption de la loi PPRT), Eva Kusuma Sundari, a affirmé que le moment est venu pour l’État de protéger les travailleuses domestiques, qui font vivre leurs propres familles et constituent un pilier de tant de familles en Indonésie [4].

« L’État doit être présent non seulement pour fournir une protection de base aux travailleuses domestiques, mais pour bâtir un système économique plus inclusif, plus bienveillant envers les femmes pauvres, et durable », a déclaré Eva Kusuma Sundari.

« On dirait un rêve »

Les travailleuses domestiques ont pleuré au moment de l’adoption de la loi, comme incrédules que celle-ci puisse finalement être votée après leurs 22 années de lutte. Elles avaient, pendant des années, mené jour après jour des actions devant le bâtiment de la DPR RI, mobilisant sans relâche le soutien du public, des étudiants, des jeunes et même des employeurs, pour faire pression sur la DPR afin qu’elle adopte ce projet de loi.

« On dirait un rêve ; c’est la lutte de nous, femmes marginalisées, pendant 22 ans, pour obtenir une protection », a déclaré Ajeng Astuti, une travailleuse domestique.

Une autre travailleuse domestique, Yuni Sri, et ses collègues, ont longtemps été victimes de discriminations : par exemple, lorsqu’elles accompagnaient les enfants de leur employeur à l’école, elles n’étaient pas autorisées à s’asseoir sur les sièges, ceux-ci étant réservés aux employeurs. Lorsqu’elles travaillaient dans des immeubles d’habitation, elles n’avaient le droit d’emprunter que les monte-charges, et non les ascenseurs destinés aux personnes, telle était la règle en vigueur.

« Nous remercions les organisations pour cette lutte commune ; sans la lutte et le soutien conjoints des femmes et des organisations de la société civile, cette loi n’existerait pas », a déclaré Yuni Sri.

Les travailleuses domestiques ont affirmé que cette loi ouvre un espace nouveau, où elles sont enfin reconnues comme travailleuses domestiques, et donc comme des êtres humains dignes, comme tous les autres travailleurs et travailleuses.

« Combien de temps nous avons attendu cela, et à présent nous pouvons le vivre ; sous la pluie battante ou sous le soleil brûlant, nous nous sommes toutes battues ensemble devant la DPR », a déclaré Jumiyem, une travailleuse domestique de Yogyakarta.

Winaningsih attendait le moment de l’adoption de la loi.

« C’est déterminant pour notre combat et pour la suite de nos vies. »

Un projet de loi enterré à répétition pendant 22 ans

Selon les archives de JALA PRT, le RUU PPRT a été inscrit pour la première fois au Programme national de législation (Prolegnas) de la DPR pour la période 2004-2009. Il a ensuite été réinscrit à plusieurs reprises au Prolegnas, mais rarement examiné. Beaucoup avaient auparavant considéré ce projet de loi comme le plus mal loti de tous, justement parce qu’il entrait au Prolegnas encore et encore sans jamais être discuté.

Le président Prabowo s’était ensuite engagé, à l’occasion de la Fête du travail, le 1er mai 2025, à ce que le RUU PPRT soit adopté sous trois mois — sans que cette adoption ne se concrétise.

La coalition civile a alors poursuivi la bataille dans un contexte politico-économique qui demeure, comme aujourd’hui, incertain pour les femmes et les groupes marginalisés [5]. Près d’un an plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, le projet de loi a été adopté en tant que loi.

Cette victoire est le fruit des pressions incessantes exercées par des milliers d’ouvrières, de travailleuses domestiques, de mouvements populaires et par la solidarité publique. Son adoption constitue un pas vers la rupture de la chaîne des violences et de l’abandon.

Maintenant que la loi est adoptée, l’étape suivante sera la rédaction des règlements gouvernementaux d’application. La DPR RI a fixé un délai d’un an pour l’élaboration de ces règlements.

La Coalition civile pour l’adoption de la loi PPRT, qui regroupe environ un millier d’organisations et de personnes, appelle à surveiller de près les règlements d’application, afin qu’ils ne soient pas dénaturés et qu’ils restent du côté des travailleuses et travailleurs, en particulier des travailleuses domestiques.

Publié le 11/05/26

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