À Metz, Amazon condamné pour avoir licencié une gréviste

Côté pile, il y a l’annonce faite par Amazon le 5 mai d’un immense plan d’investissement en France de 15 milliards d’euros en trois ans et qui pourrait créer jusqu’à 7 000 emplois, selon l’entreprise. Côté face, il y a la manière dont le géant du commerce en ligne traite ses salarié·es, et en particulier celles et ceux qui détiennent un mandat syndical. Des pressions envers elles et eux sont documentées dans le monde entier.

En février, Mediapart avait détaillé les vexations que disent subir les élu·es du personnel d’Amazon partout en France. L’entreprise avait aussi été condamnée plusieurs fois en 2021 pour discrimination syndicale, puis accusée d’être réticente à déclarer tous les accidents du travail se déroulant en son sein.

Une nouvelle condamnation d’Amazon pour non-respect du Code du travail vient s’ajouter à cette liste. Elle concerne Caroline*, qui a travaillé presque un an de nuit dans l’entrepôt d’Augny, en Moselle. Avant d’être brusquement licenciée.

Le 7 novembre 2025, la salariée a été reçue à un entretien préalable de licenciement. Le motif ? Avoir fait grève la nuit du 2 octobre 2025, comme des milliers d’autres travailleurs et travailleuses mobilisé·es contre le budget austéritaire porté par le premier ministre, Sébastien Lecornu. « Nous étions plusieurs dizaines de collègues à participer à la grève cette nuit-là », se souvient l’intéressée.

« Lors de l’entretien préalable, Amazon a mis en avant le fait que Caroline n’avait pas expliqué, dans le logiciel interne, les raisons pour lesquelles elle avait participé à la grève », détaille le représentant du personnel qui l’accompagnait.

Or, dans le cadre d’un mouvement national, pour lequel les revendications des syndicats appelant à la grève sont connues, la loi n’impose aucunement de justifier les raisons pour lesquelles on se met en grève. Amazon a tout de même décidé de poursuivre la procédure, et licencié la salariée pour faute grave. « Les gens ont peur d’affronter Amazon, mais il était impensable pour moi de ne pas me défendre », confie Caroline.

Elle se tourne alors vers l’union locale de la CGT de Metz, qui l’accompagne juridiquement et se constitue partie civile. Le 30 janvier, la salariée et la CGT assignent Amazon en référé (la procédure d’urgence). Le 2 avril, les prud’hommes de Metz jugent le licenciement illicite et ordonnent la réintégration immédiate de Caroline. Amazon doit lui verser, en plus des salaires dont elle a été privée, 1 000 euros de dommages-intérêts.


Le travail de nuit sous conditions

« La procédure engagée ne portait pas sur l’exercice du droit de grève que nous respectons pleinement », se défend Amazon auprès de Mediapart. Le courrier de licenciement reçu par Caroline, ainsi que le compte rendu de son entretien de licenciement font pourtant directement le lien avec sa participation à la grève. « Nous avons pris acte de la décision du tribunal et la salariée a été réintégrée », précise l’entreprise.

Caroline n’a pas pour autant retrouvé son poste de nuit. Elle travaille désormais en journée : ses horaires spéciaux et le salaire majoré en conséquence dépendaient d’un avenant à son contrat de travail, que l’entreprise a choisi de ne pas renouveler.

« Amazon utilise des avenants pour tous les salariés qui travaillent de nuit. C’est considéré comme une récompense que l’on enlève si le salarié pose problème », dénonce son avocat, Florent Kahn. « Les avenants sont vraiment utilisés comme un moyen de pression », confirme un syndicaliste bien implanté dans l’entreprise.

Pour le syndicaliste déjà cité, le problème est plus large, l’entreprise ayant facilement recours au licenciement. « Pour déclarer leurs absences, Amazon oblige les salariés à passer par un logiciel qui n’accepte pas tous les formats de documents numériques, ce qui pose régulièrement des problèmes de documents envoyés mais non traités », explique-t-il.

« J’ai plusieurs dossiers en cours avec des salariés qui ont été absents pour arrêt maladie mais qui ont tout de même été licenciés, car ils n’ont pas parfaitement respecté les procédures internes », abonde Florent Kahn. En 2023, un rapport du cabinet Progexa, commandé par les élu·es du personnel et révélé par l’AFP, faisait état d’un turnover annuel de 36 % par an au sein d’Amazon Logistics France.

Par Clément Pouré (publié le 11/05/26)

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