Le Canada abaisse l'âge de la retraite de 67 à 65 ans
Au moment où les Allemands débattent de reporter l'âge de la retraite à 70 ans voire 73 ans, le Canada l'a au contraire abaissé de 67 ans à 65 ans.

«Nous ramenons l'âge de la retraite à 65 ans parce que c'était une erreur de la mettre à 67 ans», a déclaré récemment le premier ministre du Canada Justin Trudeau, ajoutant que «prendre soin des personnes les plus vulnérables de notre société est très important». Le chef du gouvernement libéral, au pouvoir depuis sept mois à Ottawa, a précisé que la décision de son prédécesseur conservateur Stephen Harper était une réponse «simpliste» à un problème «complexe».
Il n'existe pas d'âge obligatoire pour prendre sa retraite au Canada, mais plutôt un âge pour avoir le droit de la percevoir. C'est cet âge-là que les conservateurs avaient voulu repousser à 67 ans d'ici 2023. Dans les faits, les Canadiens décident souvent de prendre leur retraite bien plus tôt. «Depuis 2004, l'âge moyen de la retraite est demeuré relativement stable, soit d'environ 62 ans (60 ans au Québec)», précise l'institut national Statistique Canada. Le système canadien de retraites est flexible. Les Canadiens peuvent toucher leur retraite et continuer à travailler.

Dans le mur

Les conservateurs ont dénoncé l'annonce de Justin Trudeau. «On va foncer dans le mur (...) La population vieillit, il y aura bientôt moins de travailleurs que de gens à la retraite», a dit le député conservateur Gérard Deltell à l'agence de presse QMI. Si la plupart des experts reconnaissent que la population du Canada vieillit malgré l'immigration, les avis sont moins catégoriques sur le coût de l'abaissement de l'âge de la retraite, financé par un déficit budgétaire et évalué selon plusieurs sources à 15 milliards de dollars sur les cinq premières années. Denis Latulippe, professeur de l'université Laval à Québec et spécialiste des questions de retraite, confie que le coût de cette seule disposition «n'aura pas un gros impact» sur les finances. D'autant qu'au Canada, «les régimes publics de retraite ne sont pas très généreux».

Appauvrissement

La situation des retraités n'a cessé de se détériorer. Les employeurs, surtout ceux du secteur privé, proposent de moins en moins de régimes complémentaires à leurs salariés. Selon une étude du Broadbent Institute, en 2011, moins de 38% des Canadiens étaient couverts par un régime complémentaire d'entreprise contre 46% en 1977 et encore moins par un régime d'épargne personnelle. Alors que 3,9 % des retraités canadiens vivaient dans la pauvreté en 1995, ce nombre a explosé à 11,1 % en 2013. Le libéral progressiste Justin Trudeau, en baissant l'âge de la retraite, prétend rompre avec les conservateurs et s'adresser aux plus démunis. Sans l'attendre, la province de l'Ontario a créé l'an dernier un nouveau palier de retraite complémentaire public obligatoire pour ses citoyens. La ministre associée des Finances de l'Ontario et chargée des retraites, Mitzie Hunter, avait alors justifié ce choix «pour que nous puissions tous vivre notre retraite dans la dignité».

Par Ludovic Hirtzmann

Lire sur le site du Figaro (06/06/16)