Radio France condamnée pour le "licenciement abusif et sans cause réelle"
La Cour d'appel de Paris a donné raison le 7 novembre à l'animateur de "Là-bas si j'y suis", limogé de France Inter en 2014. Radio France devra lui verser 300 000 euros.

Le 26 juin 2014, la voix gouailleuse de Daniel Mermet sonnait pour la dernière fois au micro de France Inter dans l'émission Là-bas si j'y suis, qu'il animait depuis vingt-cinq ans. Le taulier de cette émission de reportage au long cours, ancrée à gauche, était alors contraint de plier bagages suite à une décision de Laurence Bloch, la directrice de la station, prétextant notamment une baisse des audiences (l'animateur s'en était défendu à l'époque dans nos colonnes), et une volonté de rajeunir la grille des programmes. Ce jour-là, Daniel Mermet promettait en fin d'émission de ne pas s'arrêter en si bon chemin : "On ira jusqu'au bout, on ne lâchera rien."

"Licenciement abusif, sans cause réelle et sérieuse"

Et en effet : ce 7 novembre, Radio France a été condamnée pour "licenciement abusif, sans cause réelle et sérieuse, par la Cour d'appel de Paris", selon une information de la journaliste Aude Lancelin :


Contacté par Les Inrocks, Daniel Mermet confirme cette information :
«On a gagné. Ils sont condamnés pour licenciement sans cause sérieuse et pour 38 ans de CDD, dont plusieurs sans contrat de travail écrit. C'était du Macron avant Macron!", se gausse-t-il.

"La précarité mène à la docilité"

Au total, la station devra payer des indemnités (de licenciement, de dommages et intérêts, de préavis et de requalification) à hauteur de 300 000 euros au journaliste, qui dirige désormais le site de Là-bas si j'y suis, uniquement sur internet. Selon Daniel Mermet, cette condamnation inhabituelle lève le voile sur le statut précaire des journalistes de Radio France. La grève historique que la station avait traversé en 2015 attestait également de contrats de plus en plus courts, et du fait qu'un même collaborateur pouvait enchaîner plusieurs CDD à l’année.

"Tout le monde est dans le même cas. Or la précarité mène à la docilité. La plupart du temps la station règle ces problèmes par des arrangements à l'amiable, avec des accords de confidentialité. Cette fois-ci c'est public, ils sont condamnés", se félicite Daniel Mermet.

Par Mathieu Dejean

A lire sur lesinrocks.com (08/11/2017)